Substances psychoactives et addiction

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11 février 2016

Qu’est-ce qu’une substance psychoactive ?

> Une substance est dite psychoactive lorsqu’elle agit sur le cerveau, modifiant certaines de ses fonctions, avec comme conséquences :

• des changements au niveau de la perception (visuelle, auditive, corporelle), des sensations, de l’humeur, de la conscience, du comportement ;

• des effets physiques et psychiques variables selon les substances, les doses consommées, les associations de produits.

> Les effets ressentis peuvent être perçus comme agréables ou désagréables, notamment selon qu’ils sont recherchés par le consommateur ou non. Certains effets psychiques ou physiques peuvent s’avérer dangereux, soit immédiatement, soit de manière différée, soit encore lorsque les prises sont répétées.

> Une substance psychoactive peut être :

• d’origine « naturelle » (extraite d’une plante ou d’un champignon, à l’état quasi brut ou retraitée chimiquement) ou « synthétique » (totalement fabriquée en laboratoire à partir de produits chimiques) ;

licite (usage et vente autorisés par la loi mais réglementés) ou illicite (usage et trafic interdits par la loi).

Elles peuvent être classées selon une échelle de dangerosité et selon leurs effets sur le système nerveux :

Les stimulants

Les dépresseurs

Les perturbateurs

Stimulent les fonctions psychiques d'un individu.

Ils augmentent le niveau d'éveil et l'activité générale du cerveau et accélèrent le processus mental.

Dépriment les fonctions psychiques d'un individu en diminuant le niveau d'éveil et l'activité générale du cerveau.

Ils relaxent leur utilisateur. Celui-ci est alors moins conscient de son environnement.

Catégorie des «hallucinogènes»

Perturbent les fonctions psychiques d'un individu.

Ils influencent le fonctionnement cérébral, la perception, l'humeur.

  • Amphétamines
  • Caféine
  • Cocaïne (crack)
  • Ecstasy
  • Nicotine
  • Alcool
  • Barbituriques
  • Codéine
  • Héroïne, Méthadone
  • Morphine
  • Opium
  • Valium
  • Benzodiazépines
  • Opiacés
  • Cannabis, Haschich
  • Inhalants – produits volatiles :
    Colle, Essence, Solvant
  • LSD
  • Mescaline
  • Phencylidine (PCP)
  • Psilocybine

Pourquoi préfère-t-on aujourd’hui le terme « substance psychoactive » à celui de « drogue » ?

Le mot « drogue » peut prêter à confusion car il a plusieurs sens. Autrefois, il désignait un médicament, une préparation des apothicaires (ancêtres des pharmaciens) destinée à soulager une maladie. Puis il a été utilisé pour désigner exclusivement les substances illicites. Aujourd’hui, pour nommer l’ensemble des produits qui agissent sur le cerveau (y compris le tabac et l’alcool), on utilise le terme plus neutre et plus précis de substance psychoactive.

Pourquoi sont-elles consommées ?

Les motivations des consommateurs sont diverses et varient selon les individus, les substances et la fréquence des consommations

  • Une fois, pour voir (expérimentation)

Envie d’essayer, de découvrir de nouvelles sensations, de marquer une transgression (vis-à-vis de la loi, des règles de la société ou du monde adulte), de s’intégrer à un groupe…

  • De temps en temps

Plaisir de retrouver certaines sensations jugées agréables, recherche de convivialité, désir ponctuel d’améliorer ses performances (intellectuelles, physiques, sportives, « festives », sexuelles) …

  • Assez souvent

Quête de la performance, recherche plus systématique de certaines sensations jugées agréables ou qui pallient un manque, remédient à un mal-être, mettent à distance ou permettent de fuir la réalité…

  • Tous les jours

Besoin de certaines sensations devenues indispensables, besoin de la substance pour faire disparaître les symptômes de sevrage ou une souffrance psychique latente…

Comment agissent-elles sur le cerveau ?

Les substances psychoactives perturbent la transmission entre les neurones des « informations » responsables de nos perceptions, sensations, émotions, humeurs…

À l’intérieur d’un neurone, les informations passent, sous forme d’activité électrique (appelée « influx nerveux »), des dendrites vers le corps cellulaire (ou elles sont « traitées »), puis du corps cellulaire vers l’axone.

Pour passer d’un neurone a un autre, l’influx nerveux électrique se transforme en messages chimiques qui prennent la forme de substances secrétées par le neurone : les neuromédiateurs (ou neurotransmetteurs).

Il existe près d’une centaine de neuromédiateurs différents : la dopamine, la sérotonine, la noradrénaline, l’endorphine, les cannabinoides, les opioïdes, l’acétylcholine…

La fonction des neuromédiateurs est double :

  • ils véhiculent l’information de neurone à neurone ;
  • ils ont une action régulatrice sur le circuit de l’information entre neurones.

schéma système nerveu

Cette action peut prendre plusieurs formes :

> certaines substances psychoactives imitent les neuromédiateurs naturels et se substituent à eux dans les récepteurs : la morphine, par exemple, s’installe dans les récepteurs à endorphine ; la nicotine, dans les récepteurs à acétylcholine ;

> certaines substances augmentent la sécrétion ou la concentration d’un neuromédiateur naturel ;

> certaines substances bloquent les récepteurs d’un neuromédiateur naturel ; par exemple, l’alcool bloque les récepteurs actives par le glutamate et la glycine (essentiels pour la mémoire et la plasticité des synapses).

schéma neurone

Quelle que soit la modalité d’action, la conséquence est la même : l’information qui circule entre les neurones est brouillée, altérée.

Les perceptions changent, les sensations sont aiguisées ou atténuées, l’humeur est exaltée ou tranquillisée…

Toutes les zones du cerveau peuvent être affectées et avec elles les fonctions psychiques et physiques qu’elles activent : raisonnement, mémoire, sensations, vision, coordination, douleur…

zone cerveau schéma zone cerveau

L’usage de certaines substances pourrait affecter le développement du cerveau adolescent

  • Les effets de l’alcool sur le cerveau adolescent sont les mieux documentés

> La consommation d’alcool, notamment l’intoxication massive (par exemple, le « binge drinking »), a des effets neurotoxiques prononcés sur le cerveau adolescent, avec des conséquences sur les capacités d’apprentissage et de mémorisation.

> Une consommation d’alcool ponctuelle importante pendant l’adolescence affecte l’apparition de nouveaux neurones (neurogènes).

> Des études sur modèles animaux ont confirmé la plus grande vulnérabilité aux troubles liés à l’alcool des sujets adultes ayant été exposés à des intoxications répétées à l’adolescence.

  • Le cerveau adolescent pourrait aussi être particulièrement vulnérable au cannabis

> Des recherches ont montré que les troubles cognitifs liés à l’usage de cannabis sont corrélés à la dose, à la fréquence, à la durée d’exposition et à l’âge de la 1re consommation. Ces troubles peuvent persister à long terme, même après sevrage, notamment si la consommation a débuté avant l’âge de 15 ans.

> Des études sur modèles animaux ont montré que l’exposition précoce au cannabis induit des perturbations (cognitives, physiologiques et comportementales) comparables à celles observées dans des modèles de schizophrénie ; ces perturbations peuvent persister à long terme, même après sevrage.

Ces nouvelles connaissances renforcent l’idée qu’il est important d’éviter ou de retarder le plus possible l’âge de la rencontre avec ces produits.

Le processus de transition vers l’addiction

Pour expliquer la difficulté de certains usagers à arrêter ou contrôler leur consommation (addiction), on a longtemps mis en avant le rôle central d’un neuromédiateur : la dopamine.

Les substances psychoactives libèrent la dopamine qui active différentes zones du cerveau reliées entre elles (circuit de la récompense). Cette libération de dopamine procure un afflux de plaisir et en contrepartie de ce plaisir, la substance va demander au cerveau de continuer de consommer.

Chez la personne dépendante, ce système est déréglé. L’absence de substance ou de stimulation crée un manque.

Pourquoi certains individus développent-ils une addiction et pas d’autres ?

Des chercheurs ont découvert que les usagers dépendants présentaient un manque de plasticité des synapses, c’est-à-dire que leurs neurones ne parviennent pas à se réorganiser entre eux pour contrecarrer les modifications cérébrales provoquées par la substance psychoactive.

Ce défaut de plasticité synaptique expliquerait que le comportement de ces usagers vulnérables persiste malgré les contraintes (difficulté à se procurer la substance, conséquences sur la vie sociale et la santé, etc.) et devienne de plus en plus compulsif entraînant une perte de contrôle et l’installation d’un trouble.

Quels sont les facteurs risques-protection?

Certains éléments peuvent favoriser une consommation, en aggraver les dommages… ou, au contraire, les prévenir ou les atténuer.

> Le produit

Toutes les substances psychoactives sont toxiques. Chacune a son propre niveau ou degré de toxicité. Certaines substances sont « coupées » (mélangées) avec d’autres produits eux-mêmes parfois toxiques.

> La dose

Plus la dose (en quantité et/ou en concentration) est importante, plus les risques sont élevés.

> Le mode de consommation

Certains risques sont plus particulièrement liés à certains modes de consommation. Par exemple, les risques d’infections sont particulièrement importants en cas de pratique de l’injection.

> La poly-consommation

La consommation simultanée ou étalée dans le temps de plusieurs substances psychoactives accroit certains risques.

> La fréquence et la durée de consommation

Occasionnelle / régulière / quotidienne… pendant quelques mois / quelques années / toute une vie.

> La précocité des consommations

Commencer à consommer très jeune (en particulier pour l’alcool) peut entrainer un trouble lié à l’usage ou le passage à d’autres produits. Commencer à fumer du tabac jeune est souvent un préalable à la consommation de cannabis (le plus souvent mélange à du tabac).

Des troubles cognitifs à long terme (qui peuvent persister même après un sevrage) ont été associés à des consommations précoces importantes d’alcool ou de cannabis.

> Certaines situations

Consommer est plus risqué à certains moments, dans certains lieux, lors de certaines activités.

Exemples : être enceinte, conduire un véhicule, utiliser certaines machines, consommer sur un chantier, à un poste de sécurité ou dans de mauvaises conditions d’hygiène (consommer dans des toilettes, partager son matériel de consommation avec d’autres usagers) …

> La personne

Les individus ne sont pas tous égaux face aux substances psychoactives. Certains sont plus vulnérables (physiquement, psychologiquement, génétiquement…) que d’autres aux effets et aux risques, dont le risque de développement d’un trouble lié à l’usage. La présence préalable de symptômes psychiatriques est un important facteur de risque.

> Ses connaissances

La connaissance des produits, de leurs risques et de ceux de la poly-consommation, ainsi que la connaissance de ses propres limites peuvent être des facteurs de protection.

> Ses compétences

Développer son esprit critique, résister aux influences (pairs, dealers, industrie du tabac et de l’alcool…), adopter les comportements de prévention et de réduction des risques sont des facteurs de protection.

> Ses proches (parents, famille, amis)

Pour les jeunes, le rôle des parents est essentiel : accompagner et soutenir dans les moments difficiles, offrir un cadre structurant avec des repères et des limites… Un climat familial favorable (bonne entente entre parents et jeunes, connaissance par les parents de l’entourage et des activités de leurs enfants) est associé à une probabilité plus faible de survenue d’un trouble lié à l’usage.

Les jeunes dont les amis consomment des produits psychoactifs présentent des niveaux de consommation plus élevés que ceux dont les amis ne consomment pas. L’influence du groupe d’amis ou de pairs est d’autant plus importante si les parents n’assurent pas leur rôle de supervision et de dialogue.

> Son environnement

Environnement géographique, économique et social, plus ou moins grande disponibilité des produits.

> Son insertion scolaire ou sociale

A l’école comme dans la vie, l’exclusion aggrave, l’insertion protège… Pour la grande majorité des usagers de substances illicites, les consommations diminuent ou s’arrêtent avec une meilleure insertion sociale ou professionnelle, la construction d’un couple ou l’arrivée d’enfants.

Sources :

Inpes-santé-fr

Drogues-gouv.fr

Quand la drogue-com

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