Alcool et sport : une association dangereuse

1393

Zoom sur les relations entre Alcool et Sport/activité sportive qui font l’actualité ces derniers jours avec l’Euro 2016.

Alcool et Sport sont tous les deux liés au plaisir et à la fête, mais de manière bien différente. Si on comprend bien les raisons qui poussent les alcooliers à s'immiscer dans les activités sportives, l'inverse est loin d'être évident.

L'alcool est-il bon pour le sport ?

C'est la question la plus facile, car la réponse est simple. Les sportifs n'ont aucun intérêt à boire de l'alcool pour améliorer leurs performances sur le stade. Bien au contraire, l'alcool ralentit, déconcentre et nuit à la compétition.

Des chercheurs néo-zélandais ont fait l’expérience avec deux groupes de sportifs. À l’un, on faisait boire avant de se coucher un verre de jus d’orange, à l’autre une vodka orange. La perte de force du second groupe après des tests était de 1,4 à 2,8 fois plus importante. En effet, physiologiquement l’alcool a plusieurs effets négatifs sur l’organisme qui nuisent à la performance sportive. D’abord en termes de récupération de l’effort.

Les rugbymen ont l’habitude de boire quelques bières après un match. Mais c’est davantage pour souder le groupe après une défaite que pour préparer le match suivant. En effet, l’alcool bloque une enzyme appelée LDH (lacticodéshydrogénase), ce qui a pour effet d’empêcher l’élimination de l’acide lactique, cette substance envahit le muscle durant l’effort et bloque la production énergétique. On récupère donc moins bien après un effort. Ensuite, l’alcool a un effet déshydratant. Il faut savoir qu’en buvant du vin ou une bière, on ne s’hydrate pas contrairement à ce qu’on pourrait penser.

Plus on boit d’alcool, plus on se déshydrate

En effet, les boissons qui contiennent plus de 4 % d’alcool ont un effet diurétique. La quantité d’eau présente par exemple dans une bière est inférieure à ce que le rein va produire. Le bilan hydrique est négatif et altère donc la récupération. De sorte que lorsqu’on boit de l’alcool avant de faire du sport, les pertes urinaires s’ajoutent à la transpiration et diminuent les performances.

C’est pour cela que lors d’une soirée il est conseillé de boire un verre d’eau à chaque fois que l’on prend un verre d’alcool.

Enfin, dernier effet négatif, l’alcool augmente le stockage des graisses dans l’organisme. Lorsque, par exemple, on prend un apéritif et qu’en même temps on mange des aliments gras (comme de la charcuterie, des chips ou des cacahuètes…), l’organisme va d’abord privilégier l’élimination de l’alcool. Ce qui fait que l’on va moins éliminer les graisses et donc les stocker…

Quand on fait du sport, il vaut mieux s'abstenir de boire de l'alcool 

On peut en résumer les inconvénients ainsi :

- L'alcool n’est pas un carburant du muscle. L’alcool a plus tendance à "couper les jambes" qu’à faciliter l'effort. Il peut réduire l’efficacité et le potentiel de performance de 10% à 30% chez les sportifs !

- L’alcool allonge les temps de réaction visuels et auditifs, modifiant la bonne coordination et provoquant une mauvaise coordination, et limitant la rentabilité du geste, et ce même jusqu’à 12h après la consommation par l’individu.

- L’alcool modifie les capacités de jugement et augmente l’agressivité.

- Il aggrave la déshydratation causée par l'effort.

- Il perturbe la qualité du sommeil en limitant les phases de sommeil profond.

- L’alcool pénalise le sportif en diminuant les capacités de récupération, ralentit la resynthèse du glycogène musculaire et perturbe les mécanismes de régénération musculaire et osseuse post-exercice ;

Que ce soit lors d’un effort sportif habituel, d’un entraînement intense ou d’une compétition sportive, il faut savoir que la consommation l’alcool, même en petites quantités, agit sur votre organisme.

Image de l'alcool et image du sport

Une des mesures de la loi Evin à l'origine (en 1991) a été d'interdire la consommation d'alcool dans les stades. Le gouvernement et le législateur voulaient ainsi découpler les images positive pour le sport et négative pour l'alcool. En effet, cette association profite essentiellement à la consommation d'alcool qui se trouve dédouanée de sa mauvaise image par l'aura de la noblesse du sport.

C'est pourquoi les alcooliers ont toujours milité pour être présents dans les manifestations sportives, ou les sponsoriser officiellement comme on le voit régulièrement pour les compétitions internationales.

Malgré l’interdiction, du fait de la loi Evin, des opérations de parrainage par les marques de boissons alcooliques, les tentatives de contournement et d’incursion dans ce registre sont fréquentes.

La pratique sportive touche majoritairement la jeunesse. Les jeunes s’intéressent massivement au sport dans les médias. C’est ce qui justifie les mesures de protection de ces lieux de la vente d’alcool : la protection de la jeunesse est un enjeu de santé publique de taille.

La cible prioritaire du lobby de l'alcool est bien la jeunesse, tout simplement parce que, comme pour le tabac, il faut renouveler les consommateurs. Le sport est donc une cible de choix.

L'association du sport avec l'alcool semble donc n'obéir à aucune logique qu'elle soit sportive ou de santé.

Alcool et violences

Le lien entre alcool et violences est connu depuis longtemps. L'alcool est un psychotrope qui désinhibe et modifie le comportement, et peut ainsi conduire à des actes que la même personne ne commettrait pas à jeun. De très nombreux autres délits sont commis par des personnes sous emprise de l’alcool et peuvent être ainsi considérés comme indirectement liés à l’alcool.

C’est le cas notamment pour :

- 40% des violences familiales et/ou conjugales, soit environ 400.000 personnes chaque année.

Pour les femmes, la moitié des violences familiales ou conjugales subies sont en lien avec l’alcool ; 25% des faits de maltraitance à enfants ;

- 30% des viols et agressions sexuelles, soit environ 50.000 personnes chaque année ;

- 30% des faits de violences générales, soit environ 200.000 personnes chaque année.

Dans le cas des stades, la question se pose depuis longtemps, mais avec plus ou moins d'acuité, en particulier dans les périodes où les débordements violents ont conduit à des échauffourées graves avec blessés, et parfois des morts. La ferveur sportive et l'alcool forment parfois un mélange détonnant et tragique.

Dans des circonstances où les enjeux enflamment les esprits, la consommation d'alcool est un facteur de nature à exalter les passions, et surtout les passions violentes.

Le lien entre le niveau de violence et la disponibilité de l'alcool est parfaitement établi par la littérature scientifique. En effet, dans différents pays, on a pu analyser les conséquences de décisions publiques consistant à élargir ou, à l'inverse, à restreindre l'accès aux boissons alcoolisées :

 - En Islande, à Reykjavik, la suppression des limites d'heures pour les lieux de vente à emporter des boissons alcoolisées s'est traduite par une augmentation de 34% des blessures dues à des violences.

- A Diadema (Brésil), on a pu observer une diminution de 44% du taux d'homicide en instaurant une limitation de l'heure de fermeture des lieux de vente.

- A Newcastle (Australie), une diminution de 1h30 de l'ouverture des bars a permis une diminution de 3%% des violences.

Vidéo : Carine BLOCH, Directrice Régionale ANPAA Ile-de-France

 

Source :

ANPAA

votrecoach

Menu

Paramètres