Consommation de substances pendant la grossesse
La consommation de substances psychoactives (drogues, alcool, médicaments psychotropes…) pendant la grossesse constitue aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique.
Les risques de prématurité ou de faible développement de l’enfant à naître induisent une morbidité et une mortalité supérieure à la moyenne.
L’INPES a produit un tableau des principaux effets significatifs, non exhaustifs, de la consommation de substances prise seule.
Par ailleurs, les effets spécifiques de substances comme la cocaïne ou l’héroïne sont difficiles à évaluer car les situations de poly-consommation (association avec tabac, alcool ou cannabis) sont fréquentes et entraine une amplification des dommages par cumul des effets.
Alcool et grossesse : le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF)
L’alcool dans l’organisme du fœtus
Quand l’alcool se diffuse dans le métabolisme de la mère, il passe par la barrière hémato-encéphalique, se diffuse du placenta au sang du cordon, jusqu’au fœtus lui-même. L’alcool transmis au fœtus est éliminé lentement, de 2 à 3 fois plus longtemps par rapport à l'élimination de la mère et son foie, n’ayant pas atteint sa maturité, ne possède pas la capacité de désintoxication d’un foie adulte.
Il est donc exposé plus longtemps aux effets toxiques de l’alcool. C’est ce que l’on appelle l’exposition prénatale à l’alcool.

Le Syndrome d’Alcoolisation Fœtale
Le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF) est l’effet le plus grave de la consommation d’alcool pendant la grossesse. Il se définit par la présence d’au moins 3 facteurs parmi les suivants :
- Une exposition prénatale à l’alcool du fait de la consommation excessive d’alcool avérée par la mère, consommation chronique ou aigüe (plus de 3 verres à l’occasion).
- Un retard de croissance pré et/ou postnatal au niveau du poids, de la taille, du périmètre crânien.
- Une dysmorphie faciale caractéristique.
- Une atteinte du système nerveux central avec la présence d’un petit périmètre crânien, d’anomalies cérébrales (microcéphalie, anomalies structurelles), d’une déficience mentale, d’anomalies neurologiques plus ou moins sévères comme des troubles de la motricité fine, de la coordination oculomotrice, une surdité centrale... On constate aussi un ensemble de problèmes comportementaux et cognitifs tels que des troubles d’apprentissage, de la mémoire, d’attention, de raisonnement et de jugement avec hyperactivité...
Une consommation d’alcool ou des ivresses épisodiques peuvent donc nuire au développement du cerveau de l’enfant, générer un retard de croissance et entrainer une perturbation du développement des organes.
Des malformations, des déficiences intellectuelles, ou d'autres troubles congénitaux peuvent donc en découler. À long terme, les atteintes cérébrales sont à l’origine d’un retard intellectuel (troubles de l’apprentissage, de la mémorisation, de l’attention, etc.) ou de troubles du comportement. De plus, leur système immunitaire est beaucoup plus faible que la normale. Ces bébés sont donc moins résistants aux maladies infectieuses.
Le SAF touche en France 1 % des bébés qui naissent, soit environ 8 000 naissances, indique l'Inpes et est la première cause de handicap mental non génétique à la naissance.
3 Français sur 4 ignorent encore les risques
La dernière enquête de Santé publique France indique que « seuls 25% des Français affirment qu’il n’existe pas de consommation d’alcool pendant la grossesse qui soit sans risque pour l’enfant »
"Quelle est la quantité d'alcool qu'une femme enceinte peut consommer sans prendre de risque pour son bébé? » : 39% des personnes interrogées ont répondu : "un verre pour les grandes occasions".

L’enquête nationale menée en 2010 révélait que 23 % des femmes ont déclaré avoir bu au moins un verre en une occasion et 3,7 % des femmes ont consommé plus de trois verres de boisson alcoolisée en une même occasion pendant la grossesse. Le profil des plus grandes consommatrices est : des femmes plus souvent issues d'un milieu social aisé, plus âgées, ayant déjà eu un enfant et avec un niveau d'études supérieur.
Des chiffres à prendre avec prudence car les consommations d'alcool sont certainement sous-déclarées par les femmes dans les questionnaires, en raison de l'image sociale très négative d'une femme enceinte buvant de l'alcool.
La recommandation officielle des autorités de santé est d'arrêter complètement la consommation d'alcool dès le début de la grossesse et ce pendant toute sa durée. Il est donc primordial d’améliorer la prévention en informant et rappelant que « l’alcool est toxique pour le fœtus et peut entraîner diverses complications (retard de croissance, atteintes du système nerveux central, malformations…), dont le syndrome d’alcoolisation fœtale est la forme la plus grave. »
Idées reçue


Source infographie: marjoliemaman.com
En vertu du principe de précaution, il est donc recommandé aux femmes enceintes de s’abstenir de toute consommation d’alcool pendant toute la durée de leur grossesse.
Et il faut continuer les efforts pour diminuer la consommation d'alcool chez les femmes enceintes et impliquer encore plus les médecins et les sages-femmes dans les campagnes de sensibilisation.
A consulter : Le Guide de Santé publique et Mildeca "Zero alcool pendant la grossesse"

Cannabis et grossesse : le cerveau des enfants modifié
La consommation de cannabis pendant la grossesse aurait des conséquences sur le comportement des petits à naître.
Une équipe néerlandaise du Erasmus University Medical Center ont étudié l’exposition fœtale à la marijuana.
Par des imageries par résonance magnétique (IRM) sur le cerveau de 54 enfants, âgés de 6 à 8 ans, ayant été exposés au cannabis in utero, ils ont montré que la substance entraînait une modification de la morphologie du cerveau des enfants.
Résultat : un cortex préfrontal plus épais
Les conséquences comportementales à court terme ont déjà été montrées mais cette nouvelle étude révèle que le cerveau des petits exposés au cannabis présente des altérations physique:
"Le cortex préfrontal, région impliquée dans la cognition, la prise de décision et la mémoire de travail, est plus épaisse que chez les autres enfants."
Cette exposition prénatale au cannabis pourrait ainsi affecter le développement cérébral (anomalies structurelles).
"Mais de plus amples recherches sont nécessaires pour explorer le lien entre l’exposition in utero et les anomalies structurelles du cerveau. La consommation de cannabis pendant la grossesse est relativement courante et l’ignorance règne quant aux conséquences potentielles que peut avoir cette substance pendant une grossesse, mais aussi sur le cerveau de la mère et de son bébé, indiquent les auteurs".
Dans le monde, entre 2% et 13% des femmes enceintes fumeraient du cannabis.
Mieux informer les femmes enceintes
Quel que soit le produit consommé, il peut être difficile pour une femme enceinte toxicomane de se faire accompagner par des professionnels de diverses disciplines (pédiatres, sages-femmes, gynécologues, infirmières, assistantes sociales…) qui pourront l’orienter ou la conseiller sans crainte des regards qui se porteront sur elle.
Mais il est primordial de diffuser les informations:
- Toute femme enceinte ou désirant le devenir doit être informée sur les risques liés à la consommation de substances psychoactives pendant la grossesse.
- Le projet de grossesse et la grossesse représentent des moments privilégiés pour l’arrêt des consommations potentiellement nocives. Cet arrêt doit être encouragé et la femme doit être orientée vers une consultation et un service médico-social spécialisés pour être aidée.
- L’arrêt du tabac, l’abstinence alcoolique, l’arrêt du cannabis et des autres substances toxiques doivent intervenir de préférence avant la conception.
Sources :